Vu! Les 8 Salopards, de Quentin Tarantino.

25 mai 2016

Vu! Les 8 Salopards, de Quentin Tarantino.

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Une diligence progresse dans la neige des montagnes du Wyoming. Un homme se trouve sur la route. Il se présente comme étant le major Marquis Warren, ancien soldat de l’Union reconverti chasseur de primes. Derrière lui, une pile de trois cadavres qu’il doit livrer à Red Rock pour collecter son argent. Dans la diligence, John Ruth « The Hangman », un autre chasseur de primes en route pour Red Rock, transporte Daisy Domergue, promise à la potence. Plus loin, ils croisent encore un autre homme, perdu au milieu de la neige dans le blizzard approchant et qui se présente comme étant Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. La diligence arrive au chalet de Minnie pour y trouver, non pas Minnie ou Sweet Dave, mais Bob le Mexicain, laissé en charge de l’établissement en l’absence des propriétaires, ainsi qu’Oswaldo Mobray, le nouveau bourreau de Red Rock, Joe Gage, un cowboy taciturne rentré voir sa mère pour Noël et le général confédéré Stanford Smithers. Mais tout le monde n’est pas qui il prétend être et un jeu de poker menteur grandeur nature s’engage rapidement.

Présenté à grandes pompes, ce huitième film de Quentin Tarantino semble dans la lignée de Django Unchained. D’ailleurs, avant que le scénario ne fuite, l’histoire était prévue pour être la suite de Django. Situé plusieurs années plus tard, après la Guerre Civile américaine, les 8 Salopards reprend des codes déjà employés dans Django, notamment la présence de chasseurs de primes et le thème du racisme anti-noir. Mais ce n’est plus un western pur, voyageur, auquel on assiste.

Les 8 Salopards est un huis-clos qui se déroule dans une ambiance western un peu gore sur les bords. Enfin presque. La première partie de ce film de près de trois heures est plutôt calme, avec de longs plans en extérieur, sur le monde recouvert de neige, sur le blizzard qui approche, sur la sculpture en bois d’un Jésus qui semble abandonné au milieu de nulle part. Puis il y a des dialogues, parfois à rallonge, mais ponctués d’éclats provenant souvent du duo formé par John Ruth et sa prisonnière. Il y a aussi cette lettre de Abraham Lincoln échangé avec Marquis Warren du temps où ils étaient tous deux soldats, et qui sert de laissez-passer au chasseur de prime.

Les suspicions sont présentes dès le début. On ne croit pas en les coïncidences qui s’enchaînent, car on sait qu’il se trame quelque chose. Mais l’action mettra bien une heure et demie à se lancer pour de bon (grâce à l’intervention, un peu surprenante, de Tarantino lui-même), une fois que tout ce beau monde est bien réuni dans le chalet et qu’ils auront bien discuté. Ce sera ensuite une explosion d’hémoglobine, entrecoupée de dialogues plus ou moins croustillants, dans ce qui ressemble parfois à une partie de Cluedo version psychopathes.

Le point fort du huitième film de ce réalisateur complètement barré qu’est Quentin Tarantino est, comme souvent, ses personnages. Samuel L. Jackson interprète un chasseur de primes noir dans une Amérique tout juste sortie de l’esclavage. Il subit les insultes pendant une bonne partie du film (même quand on ne l’insulte pas) et garde la tête haute, jusqu’à sa revanche et même après. Kurt Russell incarne un autre chasseur de primes, au look de vieux shérif dandy mais au tempérament bien trempé, qui n’hésite pas à malmener physiquement sa prisonnière, Jennifer Jason Leigh, avec qui il forme un duo dynamique et parfois vraiment drôle. L’actrice, coincée au milieu d’un casting autrement essentiellement masculin, s’en sort à merveille en campant un personnage qui parvient tour à tour à inspirer la pitié et le dégoût. Walton Goggins m’a surpris, dans son personnage comme dans son jeu. J’apprécie cet acteur, depuis The Shield et avec Justified, mais il montre ici qu’il est capable de s’imposer dans un film d’envergure, au milieu d’acteurs de classe, sans être à la peine. Et avec un personnage qui parait proche de ce qu’il fait habituellement tout en étant complètement différent. Mais c’est Demiàn Bichir qui m’a le plus scotché. Il est tout simplement parfait dans son rôle, sombre, menaçant, une grande réussite. Tim Roth et Michael Madsen, deux autres acteurs fétiches de Tarantino, m’ont moins impressionné. Ils font ce qu’ils savent faire, sans trop d’efforts et sont en-dessous de leurs camarades. Bruce Dern à un rôle assez particulier. Il ne bouge presque pas, ne parle presque pas et pourtant il occupe ses scènes brillamment, avec beaucoup d’expérience. James Parks (très serviable), Channing Tatum (très sérieux), Zoë Bell (très guillerette) et Dana Gourrier (très souriante) complètement le casting.

Annoncé comme le nouveau chef d’œuvre de Quentin Tarantino, Les 8 Salopards ne m’a pas pleinement convaincu. J’ai aimé la bande-son, signée par un certain Ennio Morricone. J’ai aimé une bonne partie des dialogues, qui ont toujours fait partie du bagage du réalisateur, même s’il y a en un peu beaucoup. J’ai aimé les personnages, même si certains sont bien meilleurs que d’autres. J’ai aimé le cadre, cette façon de faire du blizzard une espèce de monstre prêt à dévorer quiconque oserait s’aventurer dehors même si je pense qu’il aurait pu être mieux utilisé. J’ai aimé la violence, même si elle aurait pu être un ton en-dessous sans que le film en pâtisse. J’ai moins aimé certains effets, presque ridicules, comme ces scènes tournées au ralenti et entrecoupée de morceaux de dialogues. Je crois que ce qui m’ennuie un peu, à la longue, c’est ce qui, paradoxalement, fait également la magie de Tarantino, cette façon qu’il a de s’amuser avec ces films et qui fonctionne plus ou moins bien chez moi. C’est déjà ce qui m’avait dérangé dans Django.

Les 8 Salopards ne restera pas pour moi le meilleur film de Tarantino (ça se joue à mes yeux entre Reservoir Dogs, Pulp Fiction et Inglorious Basterds) mais je n’ai pas été déçu non plus. J’ai pris du plaisir à le regarder et je n’ai pas trouvé les 2h45 trop longues.

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