Vu! Annihilation, d’Alex Garland.

4 avril 2018

Vu! Annihilation, d’Alex Garland.

Lena est professeure de biologie cellulaire. Elle se remet difficilement de la disparition de son mari, Kane, survenue un an plus tôt au cours d’une mission militaire. Lorsqu’il réapparaît, un soir, Lena est d’abord submergée par la joie. Mais, très vite, elle comprend que Kane est différent. Et il se met à saigner. Les secours l’emmènent d’urgence à l’hôpital, mais le convoi est intercepté par des véhicules de l’armée. En tant qu’ex-militaire, Lena accompagne son mari mourant dans la Zone X, où il est mis en quarantaine pendant que des équipes de l’armée observent le Miroitement, un phénomène inexplicable qui gagne chaque jour un peu plus de terrain. Lena, désireuse d’aider son mari, décide de prendre part à la prochaine expédition à l’intérieur du Miroitement pour essayer de comprendre le phénomène.

Alex Garland n’en est pas à son coup d’essai. Après avoir publié La Plage au milieu des années 90, il a sorti quatre autres romans, dont plusieurs ont été adaptés au cinéma, mais il est surtout devenu scénariste, pour les adaptations de ses œuvres (28 Jours Plus Tard ou Sunshine) ou d’autres adaptations (Auprès de moi toujours, Dredd), avant de passer lui-même derrière la caméra pour l’acclamé Ex Machina.

Avec Annihilation, un film jugé trop complexe pour sortir en salle et donc disponible sur Netflix (ce qui m’arrange), le romancier-scénariste-réalisateur britannique adapte le roman éponyme de Jeff VanderMeer (qui a remporté plusieurs prix majeurs en 2014).

Lorsque j’ai lancé le film, tout ce que je savais, c’est que Natalie Portman, débarrassée de ses obligations de Jane Foster, tenait le rôle-titre.

À part une image de femmes en tenue militaire sur un radeau, je ne savais rien de de l’intrigue.

Il est plutôt rare de pouvoir se lancer dans un film comme dans l’inconnu, vierge de toute influence. C’est pourtant, à mon sens, le meilleur moyen de découvrir une œuvre.

Durant les premières minutes, difficile de savoir vraiment où le film veut nous emmener. Il y a cette comète qui tombe près d’un phare sans causer, apparemment, beaucoup de dégâts. Il y a surtout cette biologiste moléculaire visiblement marquée par le deuil. Il y a le retour de ce mari disparu, qui n’est plus vraiment lui-même. Il y a l’inquiétude, l’irruption invasive de l’armée, la découverte d’un phénomène étrange.

Mais il y a surtout cet interrogatoire subit par Lena et mené par des hommes en combinaison Hazmat. Ces questions auxquelles elle peine à répondre et qui, pour nous, ne font qu’épaissir un mystère déjà complet.

C’est l’une des grandes réussites, à mon sens, d’Annihilation. La façon dont les points de vue et les temporalités sont mélangées pour nous révéler ce que nous avons besoin de savoir quand nous avons besoin de l’apprendre.

L’autre grande réussite du film, c’est l’aspect visuel du Miroitement. Je ne rentrerai pas dans les détails pour éviter de spoiler plus que nécessaire, mais j’ai une profonde admiration pour les personnes capables d’imaginer des choses qui semblent réelles et naturelles mais qui n’existent pas. Et Annihilation en est truffé.

Le casting n’est pas en reste. Hormis Natalie Portman qui, ô surprise, est excellente dans son rôle de Lena, on retrouve un Oscar Isaac inspiré, tout en subtilité, qui collabore à nouveau avec Alex Garland après son rôle dans Ex Machina (tout comme Sonoya Mizuno) pour jouer un personnage complexe et difficile à appréhender. Il a plusieurs scènes et plusieurs répliques brillantes.

Loin (je suppose) de son personnage dans Jane the Virgin, Gina Rodriguez campe une militaire anciennement alcoolique. Tessa Thompson, que j’ai l’impression de voir partout en ce moment, montre une nouvelle facette de son jeu avec son personnage, très sensible, de Josie. Tuva Novotny, Benedict Wong et David Gyasi complètent le casting.

Je dis « complètent », car je mets de côté Jennifer Jason Leigh. Jennifer Jason Leigh a une liste de crédits à faire pâlir d’envie n’importe quelle actrice. Alors qu’elle représentait, à une époque, un certain type d’actrice, indépendante et naturelle, à l’image de Jennifer Connelly, elle semble aujourd’hui tellement botoxée que son visage peine à exprimer les émotions basiques, ce qui rend difficile, pour moi en tout cas, de m’attacher à ses personnages. C’était déjà le cas dans Atypical, récemment, c’est encore plus flagrant ici.

Passons, car à l’exception de ce bémol, le casting du film est très bon.

En fait, Annihilation, dans son ensemble, est très bon. Très beau, complexe, avec beaucoup d’excellentes idées, avec des théories différentes qui peuvent pousser les plus courageux à visionner le film encore et encore pour en distinguer toutes les nuances, en capter tous les détails et s’approcher de ce qui y est vraiment dit.

D’autres se plaindront, justement, de ce côté complexe, du fait que tout ne soit pas livré sur un plateau et que regarder Annihilation implique de s’impliquer. À ceux-là, il reste l’énorme majorité des films prémâchés qui inondent les salles de cinéma tous les ans. Plus l’intégralité des séries produites par Greg Berlanti.

Plus sérieusement, j’ai adoré le concept, l’histoire racontée grâce à des temporalités différentes qui s’imbriquent pour construire un ensemble complexe, intelligent et réfléchi.

Pour son deuxième long-métrage, Alex Garland ne déçoit pas.

Si vous aimez les films complexes et esthétiques, portés par des acteurs de talent, abordant des thèmes humains de façon originale, Annihilation peut potentiellement vous ravir.

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