Extraits « Par une fraîche soirée d’Octobre »

27 janvier 2016

Extraits « Par une fraîche soirée d’Octobre »

 

« Une brume épaisse s’élève dans la pièce, à mesure que les pétards se consument. À chaque joint allumé, un autre est roulé et le pochon en plastique se vide à vue d’oeil. La table est jonchée de miettes de tabac et de souris de cigarettes, des croûtes de pizzas ont été abandonnées dans les assiettes. Les trois compères s’esclaffent bruyamment, défoncés par l’herbe et galvanisés par les pitreries de la bande à Johnny Knoxville. »

« Après quelques instants de suspense, Michel attrape une nouvelle fois la bouteille et se verse une grande rasade de whisky. Il prend son temps, méthodique, avant de lever son verre et d’en porter le bord à sa bouche. Après une inspiration qui sonne comme un profond soupir, il renverse le contenu directement dans sa gorge, sans prendre le temps d’apprécier les notes de chêne ni de tourbe fumée. Il n’est pas là pour apprécier, mais pour relever le défi qu’il s’est lui-même lancé. »

fraiche-soiree-octobre-leo-rutra-238x300« Autour d’eux, la végétation se densifie sensiblement. S’écartant des sentiers de promenade, ils zigzaguent entre des arbres plantés selon un schéma chaotique, et dont les branches sombres ressemblent à autant de bras squelettiques qui se tendent vers eux, comme pour essayer de les attraper au passage. Au-dessus de leurs têtes, le feuillage qui n’est pas encore tombé forme un plafond épais, que la lumière de la lune traverse par des interstices irréguliers. Elle ne leur permet pas vraiment de distinguer les formes menaçantes qui les entourent et est à peine suffisante pour les aider à se diriger sans trébucher continuellement sur les racines qui serpentent à leurs pieds, camouflées sous le tapis de brindilles et de feuilles mortes qu’ils piétinent, produisant des craquements inquiétants à chaque pas. »

« Après tout, s’ils veulent être stupides, voire même inconscients, c’est l’endroit rêvé pour le faire. Ils sont en sécurité, dans l’appartement. Personne ne va prendre le volant ou opérer quelqu’un à coeur ouvert. Que peut-il leur arriver d’autre que de s’endormir par terre ou, au pire, d’aller aux toilettes évacuer les pizzas et les chips en même temps que le surplus d’alcool? Ils sont jeunes et cons, peut-être, mais n’est-ce pas là ce que les jeunes cons font, tester leurs limites? »

« Servir de serre-livre à un Michel complètement à l’ouest n’est pas l’idée qu’il s’était faite de cette soirée. Il ne pensait pas la finir comme ça, sur son balcon, par cette fraîche soirée d’octobre, à acquiescer mécaniquement aux marmonnements dénués de sens de son ami. »

« Maman, Papa, je vous demande pardon.
Je ne comprends toujours pas comment les choses en sont arrivées là…
On ne voulait rien faire d’autre que s’amuser un peu. Si seulement j’avais su. Si seulement je pouvais faire machine arrière et
réparer tout ça.
Il a fallu ce putain d’accident. Et après c’était trop tard. Il fallait que je décide tout de suite.
Je ne pouvais pas aller en prison.
On voulait juste s’amuser, essayer de faire les cons comme ces mecs, à la télé. Je ne pensais pas que ça pourrait aller aussi loin.
C’était un accident.
Un accident.
Pourtant, je ne peux pas vivre avec ça. Je pensais que si, mais c’est trop lourd.
Il a bien fallu que je fasse quelque chose. Je ne pouvais pas juste les laisser là. »