Vu! Le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese.

20 août 2016

Vu! Le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese.

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Après le Lundi Noir et l’effondrement de l’entreprise dans laquelle il exerce comme courtier en bourse, Jordan Belfort décide de prendre son futur en main. Passant d’abord par une petite entreprise de courtage spécialisée dans les actions bas de gamme, il monte rapidement sa propre boîte avec un voisin. Arnaques, succès, argent, putes, drogues et FBI deviendront son quotidien.

Voilà maintenant près de trois ans que Le Loup de Wall Street est sorti au cinéma. Dès sa sortie, on m’a conseillé de le voir et tout le monde semblait s’accorder sur le fait que c’était un excellent film. Je n’en doutais pas, mais j’ai attendu. Après sa sortie en DVD/Blu-Ray, j’aurais pu le voir à tout moment. Mais trois heures c’est long. Jusqu’à cette semaine, Le Loup de Wall Street était devenu pour moi une private joke, le genre de film que je propose quand il est déjà tard et qu’il faut se lever tôt le lendemain.

Jusqu’à cette semaine.

Je ne sais pas comment, ni pourquoi, mais j’étais motivé. Ça arrive parfois. Vous avez un film que vous voulez voir depuis longtemps mais que vous n’avez pas encore pris le temps de regarder, pour x raison. Vous en avez regarder d’autres, parfois même des très mauvais, mais pas celui-là. Puis, un jour, sans que vous ne puissiez vraiment déterminer pourquoi, vous vous lancez.

On m’avait dit : « Tu verras, on ne les voit pas passer, les trois heures. » Je voulais bien croire que le film était top, pas de problème, mais trois heures, c’est long, quand même… Pas tant que ça, finalement. En fait, j’ai même vu des films d’une heure trente plus longs que ce biopic de Martin Scorsese.

Tout y est, le rythme, l’histoire, le délire, l’humour, l’obscène, les personnages, les situations, la réalisation, le dégoût, l’envie, les acteurs.

Leonardo DiCaprio est, comme très souvent, excellent. Il s’approprie le personnage de Jordan Belfort, ni plus ni moins. Il est charismatique, fou, habité, déjanté, dérangeant et hilarant. À ses côtés, on pourrait avoir peur que les autres acteurs se fassent aspirer par sa présence, mais il n’en est rien. Il y a beaucoup de second rôles, mais un revient plus que les autres, c’est le personnage de Donnie Azoff, l’associé principal de Belfort. Interprété par un Jonah Hill formidable, il alterne le très drôle et le pitoyable avec brio.

Margot Robbie est tout aussi brillante en Naomi Belfort, la seconde femme de l’escroc, elle est belle et démesurée, à l’image de son cadeau de mariage et le parfait opposé de Cristin Milioti, la première épouse. Jon Bernthal, P.J. Byrne, Kenneth Choi, Ethan Suplee, Jon Favreau et Rob Reiner complètent l’entourage proche de Belfort. Chacun a son rôle, sa personnalité et remplit sa fonction. Jean Dujardin est très drôle en banquier suisse véreux tandis que Kyle Chandler, en agent du FBI, tranche avec le reste du casting par son sérieux et son sens moral.

Mais le second rôle qui m’a le plus marqué est incontestablement Matthew McConaughey. On ne le voit que très peu dans le film, mais il y a cette scène dans un restaurant, où il apprend les bases du métier au jeune Belfort. Matthew McConaughey n’était pas un acteur que j’affectionnais plus que ça, gardant en tête ses interprétations de playboy au rabais dans des comédies romantiques moyennes. Mais depuis quelques années, sa carrière a pris un virage impressionnant et, dans tout ce qu’il fait, il semble transcendé par ses personnages. Ce rôle de Mark Hanna n’échappe pas à la règle.

Le Loup de Wall Street a pour lui un casting de très bonne qualité. Mais pas que. Comme souvent dans les films de Scorsese, les méchants sont dépeints de telle façon à ce qu’on s’attache à eux. Et, d’une certaine manière, c’est aussi le cas ici. On ne peut s’empêcher, à des moments, d’éprouver de l’empathie pour Belfort et son équipe. La plupart du temps, par contre, j’étais atterré par le comportement abjecte de ces hommes, par leurs manières et la façon dont ils profitaient d’un système profondément révoltant. Si leurs manies de gamins peuvent être amusantes à regarder, avec leurs facéties et leurs trips sous l’influence des ludes (notamment cette scène grandiose de Belfort sous Lemmon 714), il faut bien garder à l’esprit que tout ça est très grandement inspiré de faits bien réels.

Le scénario de Terence Winter est basé sur les mémoires éponymes du vrai Jordan Belfort, qui apparaît d’ailleurs dans le film (tout comme Bo Dietl, son ancien détective privé , qui joue son propre rôle). Malgré quelques retouches et transformations nécessaires pour le film, l’essentiel est fidèle à la réalité selon les dires des personnes concernées. Dont la bêtise profonde de Jordan Belfort lui-même, qui refuse toutes les portes de sortie qui s’ouvrent à lui et prend des risques inconsidérés pour ses proches et lui-même à de nombreuses reprises. Si bien qu’on veut absolument le voir tomber et le voir tomber durement. Comme trop souvent dans ce genre d’histoires, il ne s’en sort que trop bien, par rapport à tout ce qu’il a fait.

Au-delà de son côté tapageur, fort bien réussi, et de son histoire captivante, servie par une réalisation maîtrisé, Le Loup de Wall Street, à l’image de The Big Short, dépeint un tableau bien peu glorieux du système boursier américain et, par conséquence, mondial. Comment ne pas s’indigner sur l’argent et le pouvoir amassés par des personnes qui n’ont à aucun moment le soucis des autres en tête ? Qui ne font que jouer avec la vie des autres sans aucune considération pour ceux qu’ils abusent ?

J’ai adoré le film. J’ai adoré les acteurs. J’ai adoré la réalisation. J’ai adoré l’immersion. J’ai adoré les trips. Et je suis profondément révolté. J’ai mis un peu de temps à regarder Le Loup de Wall Street. J’aurais aimé l’avoir vu bien plus tôt. J’aurais aimé ne jamais en avoir entendu parler.

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3 Comments

  • Aurel 30 août 2016 at 22:11

    La chance souri aux audacieux ^^
    Blague à part ce film est « de toute beauté » la relation de confiance entre Scorsese et DiCaprio n’est plus à prouver. DiCaprio est tout bonnement énorme dans son rôle – Mais pourquoi il n’a pas eu l’oscar ??? – La réalisation et le travail photo est superbe mais en effet tous les second rôles ne sont pas de simples éléments du décor mais bien des parties prenantes de l’histoire.
    Le puzzle se construit sous nos yeux et l’on ne peut pas rester indifférent. Pour ma part sans pour autant souhaiter sa lourde chute j’avais envie de le voir assumer (action/acte => conséquence). Mais il ne s’agit pourtant la que de quelqu’un qui a su tirer profit de certaines « règles du jeu » 😉

  • Leo Rutra 31 août 2016 at 08:39

    Je suis d’accord avec ton analyse. Par contre le type a surtout su déjouer certaines « règles du jeu » (« jeu » qui, soit dit en passant, est méprisable).

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