Lu! Évasion, de Benjamin Whitmer.

18 janvier 2019
Évasion, de Benjamin Whitmer

Benjamin Whitmer, je l’ai croisé, par hasard, voilà maintenant quelques années, dans les rayonnages de mon dealer de livres. J’ai vu la couverture noire ultra-sobre, de Cry Father, et j’ai laissé sa chance à cet auteur que je connaissais pas et dont je n’avais jamais entendu parler avant (et, par la même, aux Éditions Gallmeister, que je ne connaissais pas et dont je n’avais jamais entendu parler avant).

C’est marrant, le hasard.

J’aurais pu choisir un autre livre, ne pas voir celui-là. Mais je l’ai vu et, pour raison obscure qui restera à jamais un mystère, je l’ai choisi. Puis je l’ai lu.

Et là, je suis tombé littérairement amoureux de la plume délicieusement noire de Benjamin Whitmer.

J’ai dévoré Cry Father, puis je me suis rué sur Pike, son premier roman, avec autant d’excitation que d’appréhension. Est-ce que ça allait être aussi bien ? Mieux ? Décevant ?

J’ai retrouvé ce que j’avais adoré dans l’un, dans l’autre.

Alors quand j’ai vu cette nouvelle sortie, j’ai su que ça serait ma prochaine lecture.

Bon, d’abord j’ai versé une larme pour en la mémoire des couvertures uniformément noires qui caractérisaient les publications des Éditions Gallmeister (ceci dit, la couverture d’Évasion est splendide) et j’ai aussi pesté contre le prix (23,80€) à la limite du rédhibitoire et bien plus élevé que les précédentes (qui étaient, de mémoire, sous la barre symbolique des 20€).

J’ai terminé le bouquin que je lisais avant (pour les curieux, c’est celui que j’ai chroniqué juste avant celui-là) et je me suis jeté sur ce troisième roman signé Benjamin Whitmer comme un affamé sur un steak saignant.

L’histoire est précédée d’une préface signée Pierre Lemaitre, où le Goncourt 2013 nous dit tout le bien qu’il pense de Benjamin Whitmer, citations et superlatifs à l’appui. Il conclut en disant que Benjamin Whitmer représente la quintessence du noir.

C’est le genre de trucs qui, habituellement, me font fuir. Je suis la genre de lecteur (spectateur aussi, d’ailleurs) qui pense que plus tu cherches à me vendre un bouquin, moins je devrais l’acheter. Voilà l’exception qui confirme la règle.

Avec ce troisième roman, Benjamin Whitmer change d’époque et nous fait découvrir plusieurs points de vue différents lors d’une évasion dans une petite ville pénitentiaire du Colorado, la veille de Noël, le tout sans jamais perdre son style brut, ses images originales et percutantes, son goût pour la misère, la poussière et la violence.

Tous ses personnages sont brisés car la vie est une machine à broyer. Si la nature est impitoyable, la nature humaine dépeinte par Benjamin Whitmer est tout l’opposé, elle est pitoyable.

Le sang, la crasse, le pus, l’injustice, Benjamin Whitmer a un véritable don pour dépeindre une fresque noire, pour sublimer le pire et pour construire une histoire où même les gentils sont, au mieux, grisâtres.

Je pourrais vous raconter l’impact qu’a l’évasion de plusieurs détenus de la prison Old Lonesome sur la petite ville qui survit grâce à elle, je pourrais vous raconter l’emprise du directeur Jugg sur les habitants, le racisme latent, la pauvreté, les cicatrices laissées par la guerre (en Corée ou au Vietnam), je pourrais vous raconter l’histoire, vous mettre l’eau (croupie) à la bouche, mais je ne le ferai pas. En fait, je veux que vous la lisiez, cette histoire, que vous la découvriez. Le reste se fera naturellement.

À l’heure de gloire des romans feel good, Benjamin Whitmer est une grande bouffée d’air vicié et putain ça fait du bien. Ça fait un putain de bien.

En fait, je crois que Pierre Lemaitre l’a parfaitement dit. Benjamin Whitmer, c’est la quintessence du noir, aussi simple que ça.

Alors si vous aimez les romans noirs, Benjamin Whitmer mérite, aussi bien pour Évasion que pour ses romans précédents (et ses romans futurs) une place de choix dans votre bibliothèque.

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