Lu! Le Jour des Morts, de Nicolas Lebel.

26 mai 2017

Lu! Le Jour des Morts, de Nicolas Lebel.

Le Jour des Morts

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Le capitaine Mehrlicht ne trouve rien de mieux, pour célébrer le Jour des Morts, que de concocter un canular avec son ami Jacques, hospitalisé pour un cancer et condamné, où ce dernier interprète le rôle de la Faucheuse. Le lendemain, quand il est de retour à l’hôpital Saint-Antoine, l’esprit n’est plus aux pieds-de-nez à la mort. Avec son équipe, il doit enquêter sur la mort suspecte d’un patient. Bientôt, les cadavres s’accumulent et la pression est mise sur Mehrlicht et ses lieutenants pour arrêter celle que l’on surnomme déjà l’Empoisonneuse.

Ça fait environ un an que j’ai lu et beaucoup aimé le premier roman de Nicolas Lebel, L’Heure des Fous. À peine le Jour des Morts entamé, j’ai retrouvé la plume habile du linguiste avec bonheur. Nicolas Lebel, avant tout, est un écrivain au sens noble du thème. Le goût du bon mot et de la phrase bien construite crève la page. Les descriptions sont précises, les références nombreuses et la culture omniprésente.

Nicolas Lebel est également un narrateur doué. Il sait parfaitement distiller les informations pour nous faire entrer immédiatement dans l’histoire, tout en la dévoilant au fur et à mesure, au rythme de l’enquête. Et en créant un univers réaliste autour de ses personnages. Le passé de l’un, les doutes de l’autre, les peurs et les espoirs, avoués ou inavoués.

En fait, je crois que Nicolas Lebel est proche de ce qu’on pourrait désigner comme l’écrivain de romans policiers parfait. Il y a tout dans ses ouvrages : des personnages humains très bien dessinés, des enquêtes rondement menées, le tout sublimé par une écriture à la fois littéraire et agréable.

Je ne vous cache pas que l’auteur que je suis a jalousé l’écrivain qu’il est à de nombreuses reprises pendant la lecture de ce roman.

Je pourrais essayer de m’attaquer son personnage principal, cet espèce de batracien acariâtre, fumeur de gitanes et abuseur de cognac, qui passe son temps à maltraiter ses internes et à critiquer… à peu près tout. Car le capitaine Mehrlicht, en plus d’avoir un nom désagréable, n’est ni plus ni moins qu’un emmerdeur.

Mais la vérité, c’est que c’est un emmerdeur profondément attachant. Lire ses tirades sarcastiques est un réel bonheur, l’écouter disserter sur la nourriture avec son collègue légiste est un réel bonheur, le voir passer ses nerfs sur son interne est un réel bonheur. À travers tous ces traits négatifs, c’est son humanité que Nicolas Lebel fait ressortir. Et Mehrlicht, derrière ses airs de crapaud venimeux, est un personnage profondément humain.

Il n’est pas tout seul, non plus. De Dossantos et son passé trouble à Latour et ses espoirs, en passant par Carrel et son détachement devant la mort, Lagnac et sa vantardise insupportable ou encore Matlibout, tous formant une galerie vivante. Et ce traitement s’applique même aux personnages secondaires, qui ont tous un caractère, des motivations et une histoire.

Tout n’est pas rose pour autant. Les indices ne tombent pas du ciel et tout le monde ne s’entend pas avec tout le monde. Grâce aux connexions complexes entre ses personnages, Nicolas Lebel parvient à créer une image plutôt fidèle de notre société et de ses travers, une critique parfois acerbe mais toujours juste de nos comportements déviants, sans jamais verser dans le fatalisme ou se muer en donneur de leçons.

Un roman de Nicolas Lebel, qu’on se le dise, c’est la promesse de bien plus qu’une simple histoire de meurtre à élucider. Un roman de Nicolas Lebel, c’est riche de beaucoup de choses, c’est dense. Et le Jour des Morts est un très bon roman de Nicolas Lebel.

Bravo, monsieur l’écrivain, et bon courage pour vous dépasser la prochaine fois !

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