Lu! La Disparition, de Georges Perec.

29 janvier 2019
La Disparition Georges Perec
Voir sur Amazon

Anton Voyl est frappé d’insomnies. Depuis plusieurs mois. Malgré tous les traitements tentés, rien n’y fait. Et moins il dort, plus Anton Voyl hallucine. Il voit Moby Dick, un sphinx qui somnole dans le désert, un fils perdu qui épouse sa propre mère. De jour en jour, sa santé s’aggrave. Jusqu’au jour où Anton Voyl disparaît sans laisser de trace. Son ami, Amaury Conson, met alors tout en œuvre pour retrouver son ami.

J’avais entendu parler de ce roman il y a déjà de nombreuses années. pour cause, La Disparition, écrite en 1968, a été publiée en 1969. Mais je ne l’avais jamais lu. Pas encore.

Pire, je n’y croyais pas vraiment. Pour moi, ce roman ressemblait à un mythe. Quelque chose que je devais lire pour croire.

Car La Disparition n’est pas un roman comme les autres. C’est un lipogramme. Et pas un lipogramme d’enfant. Non, non, non. C’est LE lipogramme. imaginez un peu, s’interdire d’employer la lettre « e », la lettre la plus utilisée de la langue française pour écrire non pas une phrase ou deux (c’est déjà un challenge) mais bien une histoire entière.

La Disparition, de Georges Perec, c’est 300 pages environ, sans un seul « e ».

J’avais entendu parler de ce roman il y a nombre d’années déjà. Mais j’y ai repensé récemment en l’utilisant comme référence dans un manuscrit sur lequel je bossais. Et je me suis dit qu’il fallait quand même que je le lise, depuis le temps.

Alors je l’ai lu.

Rien que le concept est complètement fou. Pire encore, l’exercice témoigne d’une maîtrise de la langue française (et pas que) absolument formidable.

En tant qu’auteur, j’aime parfois me fixer des contraintes d’écriture. Pas à ce point-là, évidemment. Mais ça me rend encore plus admiratif de la prouesse réalisée par Georges Perec.

Bien sûr, il use parfois de stratagèmes malins pour contourner la lettre « e », par exemple, à mesure devient ainsi au fur. Mais, surtout, il démontre que c’est possible.

J’étais également curieux de découvrir l’histoire racontée par le biais de cette méthode hautement contraignante (euphémisme). Car la Disparition, outre celle du « e », à laquelle il est plusieurs fois fait allusion (dans des groupes de 26, par exemple, où il manque une unité, la cinquième), c’est aussi et surtout celle d’Anton Voyl.

En découle un roman policier étrange, une enquête alambiquée menée par son ami, Amaury Conson, avec de nombreux rebondissements et tout autant de personnages secondaires aux noms truculents.

Malheureusement, si l’exploit réalisé par Georges Perec démontre effectivement sa maîtrise sidérante de la langue française (et pas que) et témoigne également d’une modernité déroutante pour l’époque, les limites de l’exercice apparaissent également très vite.

Les amoureux de la langue française (et pas que) verront dans ce texte un bijou de créativité. Et ils n’auront pas tort, loin de là.

Mais moi, quand je lis une histoire, j’attache de l’importance à la fluidité de ma lecture. Ici, ma lecture a été tout sauf facile. J’ai dû m’accrocher et m’accrocher dur pour suivre, pour trouver un rythme, pour prendre un réel plaisir ailleurs que dans les clins d’œil ou autre facéties littéraires amusantes et originales qui jalonnent le texte.

Néanmoins, je suis heureux d’avoir lu cet exploit par un auteur qui a marqué la littérature française par son audace. D’ailleurs, trois ans après La Disparition, Georges Perec a remis le couvert en écrivant Les Revenentes, n’utilisant cette fois que la lettre « e » comme voyelle. Je le lirai peut-être un jour.

La Disparition est sans conteste un roman original. C’est même bien plus que ça. C’est un exercice littéraire de très, très haute volée. À réserver cependant aux amoureux de la langue française.

FacebooktwitterFacebooktwitter

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *