Lu! La Rage, de Zygmunt Miłoszewski.

28 juin 2019
La Rage, de Zygmunt Miłoszewski
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Le procureur Teodore Szacki n’est pas au mieux de sa forme depuis qu’il a quitté Varsovie. Il se sent en perpétuel décalage, tant dans sa vie de couple que dans ses relations avec sa fille adolescente. Est-ce pour cela qu’un jour, il ne prend pas l’exacte mesure d’une plainte pour violences conjugales ?
Ou bien est-il perturbé par une étrange enquête pour meurtre dont il a hérité ? 
Teodore Szacki va vite se rendre compte que les deux affaires pourraient être liées. La piste d’un insaisissable redresseur de torts se dessine ; quelqu’un oeuvre dans l’ombre, visiblement déterminé à rendre la justice pour pallier l’incurie des services de police. 

Quel est votre auteur polonais préféré ? En ce qui me concerne, la réponse est Zygmunt Miłoszewski.

Je suis tombé par hasard, mais pas complètement, sur un de ses romans mettant en scène le procureur Szacki dans les rayonnages d’un revendeur de livres. J’ai vite compris que ce n’était pas le premier volet de sa trilogie consacrée à son personnage récurrent et j’ai donc commencé par le début, avec Les Impliqués.

J’ai immédiatement accroché avec le style et l’écriture. Plus encore qu’avec l’histoire elle-même, d’ailleurs.

Les romans policiers, c’est pas vraiment ma tasse de thé. Des meurtres atroces et souvent exceptionnels (ce qui, en vrai, n’arrive, du coup, qu’exceptionnellement), des enquêtes qui progressent parfois grâce à une logique implacable, mais, plus généralement, à grand renfort d’intuitions érigées en vérités immuables par des super flics soit géniaux soit brisés, qui prennent tous les risques pour démasquer des coupables tantôt évidents, tantôt improbables.

Ce qui me plaît, chez Zygmunt Miłoszewski, c’est déjà qu’il ait choisi de s’intéresser au rôle, aussi ingrat que peu populaire, de procureur. Les flics, ici, sont, au mieux, des personnages secondaires. Et le procureur Szacki est suffisamment intéressant pour les éclipser sans mal.

À travers ses romans, Zygmunt Miłoszewski utilise ce rustre bougon et blasé pour dépeindre une image inhabituelle, décalée et sans consensus de la Pologne.

Dans ce troisième roman, c’est la ville d’Olsztin qui est victime de la plume acerbe de l’auteur. Nous sommes en décembre et la station estivale qui contient onze lacs dans les limites de la ville est plongée sous une brume verglaçante qui la rend boueuse et désagréable. Et c’est sans compter les bouchons.

Le prologue, puisque que, une fois n’est pas coutume, ce roman démarre par un prologue, crée, encore plus que pour les deux précédents, un suspense et une tension inédits, en nous dévoilant un élément crucial concernant la fin de l’histoire.

Avant de repartir quelques jours en arrière pour nous expliquer comment on en est arrivé là.

C’est à partir de ce moment que l’on retrouve le ton habituel de l’auteur, entre sarcasme et humour noir, qui n’hésite pas à égratigner tout le monde, avec souvent des images décalées et très drôles. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce roman. Encore plus, même, que les deux précédents.

L’enquête en elle-même, par contre, comme d’habitude, m’a moins passionné. Pas qu’elle soit mauvaise, non, plutôt circonstancielle. Puisque La Rage est un roman policier, il doit contenir une enquête. Mais, la vérité, c’est que j’aurais pu lire un roman mettant en scène Teo Szacki dans son quotidien, qui parlerait des autres et de son pays, sans meurtre ni coupable à traquer.

Ceci dit, en parlant de meurtre, la barre est placée très haut dans l’horreur, sans que ça ne perturbe, étrangement, le ton presque léger du texte. D’ailleurs, je crois que je vais m’en resservir, un jour, de cette méthode d’assassinat, parce qu’elle est sacrément badass (comme disent certains jeunes).

De la trilogie, La Rage est celui dont le dénouement m’a le plus convaincu. Une fin relativement complexe, en tout cas plutôt bien amenée et logique, avec beaucoup de fausses pistes dessinées en arrière-plan et d’indices intelligemment disséminés au fil du texte.

J’en avais deviné une partie, mais pas tout, et, mieux encore, j’ai compris la toute fin qu’après avoir refermé le roman.

J’ai beaucoup aimé lire les aventures du procureur Szacki et je suis un peu triste de le laisser derrière moi. mais j’ai déjà, dans ma PAL, Inavouable, que je suis très curieux de découvrir.

Si vous avez lu Les Impliqués et Un Fond de Vérité, La Rage est un must-read, pour conclure cette trilogie en beauté. Si vous ne connaissez pas encore la plume de Zygmunt Miłoszewski, j’espère que cette chronique vous aura donné envie d’y remédier !

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