Lu! Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan.

14 mars 2018

Lu! Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan.

Rien ne s'oppose à la nuit

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À la suite du suicide de Lucile, sa mère, Delphine de Vigan décide d’écrire sur sa vie. Sur son enfance dans une fatrie nombreuse, sur sa vie d’adulte, ses amours, ses enfants, ses faiblesses, sa maladie. Sur sa famille aussi, sur les joies, les peines, les drames, les secrets. Sur l’écriture également, la mise en place d’un tel projet et tout ce que cela implique, personnellement.

J’ai découvert la plume de Delphine de Vigan avec son roman Les Heures Souterraines, qui m’a immédiatement séduit, même si ce n’est pas mon genre de prédilection. J’ai aimé l’histoire, j’ai adoré la façon de la raconter.

Lorsque D’Après une Histoire Vraie est sorti, je l’ai acheté sans hésité et l’ai dévoré avec plaisir, même si j’avais percé le mystère rapidement. J’ai aimé parce qu’au-delà de l’histoire, très personnelle, je retrouvais cette plume qui m’avait tant séduit.

Mais j’ai rencontré Delphine de Vigan pour la première fois au moment où tout le monde parlait d’elle, après la sortie et le succès du roman autobiographique consacré à sa mère, Rien ne s’oppose à la nuit. J’ai été marqué par la couverture sobre, cette belle femme de trois quart, en train de fumer une cigarette.

Je n’ai pas lu le livre à l’époque, mais il m’intriguait déjà.

Quand j’ai décidé de lire un roman de l’auteure, je n’ai pas choisi celui-là, je ne sais pas pourquoi. Même pour ma seconde lecture, j’ai préféré lire son dernier.

Puis j’ai retrouvé un exemplaire de poche dans les affaires de ma mère et je l’ai intégré dans ma PAL (avec un Jim Harrison). J’ai lu d’autres choses, des thrillers, des policiers, des polars, des indés, quelques King.

Puis il s’est imposé à moi.

Alors je l’ai lu.

J’ai retrouvé cette écriture que je ne saurais définir autrement que parfaitement imparfaite ou imparfaitement parfaite.

J’ai surtout découvert une histoire très personnelle. Mais plus encore que l’histoire de Lucile, c’est le travail de Delphine qui m’a captivé.

J’ai enchaîné les chapitres, découvert l’enfance de Lucile dans une famille nombreuse, son travail de modèle pour différentes campagnes publicitaires (dont certaines photos sont disponibles avec une simple recherche d’images sur Google), sa scolarité difficile et ses premiers amours.

J’ai savouré les interludes où Delphine livre sa vision de l’intérieur sur ce projet qui la dépassait, qui s’imposait à elle, cette façon dont elle nous laisse entrer dans sa tête et se livre, sans filtre, sur des sujets que l’écrasante majorité d’entre nous n’auraient jamais osé aborder, sans même parler d’écrire et encore moins de publier.

Que l’on soit publié ou non, que l’on soit lu ou non, écrire est une activité intime. Un auteur, un écrivain, s’il est honnête, ne peut écrire sans se livrer, sans donner de lui. Il peut se dissimuler derrière la fiction (ce que je fais), il est quand même là, entre les mots, dans l’ombre des personnages. Delphine de Vigan tout particulièrement, et elle l’évoque sans détour dans ce témoignage.

Écrire sur sa famille est un tout autre animal. Ce n’est plus nous que l’on met plus ou moins à nu, ce sont les nôtres. Ceux qui nous connaissent, ceux qui ne désirent pas forcément (voire pas du tout) voire leur vie privée exposée aux yeux de tous.

En racontant l’histoire de sa mère, en lui rendant hommage, l’auteure expose sa famille, ceux qui restent. Elle le fait sobrement, sans mauvaises intentions, mais en révélant des secrets qui existent dans de nombreuses familles et que de nombreuses familles préfèrent généralement garder secret. Et elle parle brillamment des répercussions de cette intrusion dans l’intimité des siens, d’une famille qu’on dissèque devant le monde.

Delphine de Vigan ne nous épargne rien des tragédies qui jalonnent l’histoire de sa mère, de sa famille, des zones d’ombres, des secrets, et Rien ne s’oppose à la nuit pourrait tout à fait se lire comme un roman. Il y a des rebondissements, de la tension, du suspens.

Sauf que ce n’est pas une fiction, c’est un témoignage, un témoignage que j’ai pris de plein fouet, dont je connaissais la fin avant même de débuter ma lecture mais qui m’a touché tout autant, si ce n’est encore plus.

J’adore la plume de Delphine de Vigan, j’admire son courage d’avoir osé se livrer ainsi, en toute humilité, tout en sachant qu’elle ne faisait que répondre à un besoin plus fort que le simple fait d’écrire un livre.

Je l’ai lue comme on écoute quelqu’un nous raconter son histoire. Et je la vois maintenant différemment. Je l’appréciais de loin. Dorénavant je la connais.

Rien ne s’oppose à la nuit est plus qu’un roman autobiographique, plus qu’un simple témoignage. C’est un gros coup de cœur.

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