Vu! Midnight Special, de Jeff Nichols.

5 août 2016

Vu! Midnight Special, de Jeff Nichols.

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La disparition du petit Alton, huit ans, occupe les journaux télévisés et les flashs spéciaux du Texas. L’enfant, kidnappé par un certain Roy Tomlin, est activement recherché par la police. Deux hommes, dont Roy, accompagnés de l’enfant, s’engouffrent dans une voiture à la nuit tombée. Quels sont leurs liens ? Où vont-ils ? Qui les poursuit ? Pourquoi ?

C’est à ces questions, et une tripoté d’autres, que le film va tenter de répondre, ou pas. Tout commence par une fuite en voiture, tous phares éteints, à pleine vitesse sur les routes du Texas. Nous sommes maintenus à dessein dans le noir, littéralement. Et, à mesure que les réponses aux premières questions nous parviennent enfin, savamment distillées au compte-goutte (« plus tard, là j’ai besoin de dormir »), d’autres questions apparaissent.

L’aura mystérieuse qui entoure l’enfant fait penser aux films de M. Night Shyamalan, mais aussi à ceux de Steven Spielberg. Mais le mystère n’est pas la donnée primaire du film. Son noyau se trouve, comme dans les précédents long-métrages de Jeff Nichols (en tout cas les excellents Take Shelter et Mud), dans la foi. Il y a bien la présence d’une secte, qui avait fait de l’enfant son messie, mais ce n’est pas la foi religieuse qui intéresse le réalisateur. Plutôt celle d’un individu pour une idée, ou une autre personne.

En l’occurrence, la foi d’adultes en cet enfant de huit ans aux étranges pouvoirs. Plus l’histoire progresse et plus il apparaît évidement que c’est lui qui mène et non l’inverse.

Comme dans tous ses autres films, Jeff Nichols confie le rôle principal au formidable Michael Shannon. Avec son physique ambigu, un peu à la Willem Dafoe, il sait parfaitement semer le trouble dans l’esprit du téléspectateur. Est-il gentil, est-il méchant ? Doit-on lui faire confiance ? À ses côtés, Joel Edgerton est tout aussi bon. Transpirant d’humanité malgré la rigidité apparente de son personnage, il nous rassure autant qu’il soutient Roy. Kirsten Dunst n’apparaît que dans la seconde partie du film, mais son rôle n’en est pas moins primordial. Elle apporte une touche de féminité et de douceur, de maternité, même, tout en restant sur la réserve.

Adam Driver est, comme à son habitude, tout à fait juste. S’il évolue en parallèle de l’intrigue principale, il sait prendre et garder le bon ton en toute circonstance. Sam Shepard interprète le dirigeant de la secte, il retrouve Jeff Nichols après avoir déjà joué dans Mud. Tout comme Paul Sparks, qui joue l’agent du FBI chargé de retrouver l’enfant. Bill Camp et Scott Haze ont également un rôle important, quoi que secondaire, tandis que Nancy Grace joue son propre rôle par le biais d’extraits d’émissions télévisées.

Mais, bien sûr, la révélation de Midnight Special se nomme Jaeden Lieberher, dans le rôle d’Alton. D’abord faible et surprotégé, le personnage évolue tout au long du film, pour gagner en puissance et en maturité et de s’affirmer.

Midnight Special pourra déstabiliser, voire diviser, par ses changements de ton et de genre, par sa fin particulière aussi. Mais après ce quatrième film, il est indéniable que Jeff Nichols est un des cinéastes les plus doués de sa génération et sur qui il faudra compter pour les années à venir. Sa psychologie des personnages, sa maîtrise de la réalisation et son utilisation parcimonieuse des effets spéciaux font de Midnight Special un hommage réussi et intelligents aux films de science-fiction des années 80.

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