Vu! Nocturnal Animals, de Tom Ford.

27 mai 2017

Vu! Nocturnal Animals, de Tom Ford.

Nocturnal Animals

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Susan Morrow, une femme dans sa quarantaine, peut se targuer d’avoir réussi sa vie. Elle a épousé un homme d’avenir, avec qui elle tient une galerie renommée et habite une grande et luxueuse maison. Seulement Susan s’ennuie dans cette vie d’apparat. Pire, elle est malheureuse. Un jour, elle reçoit le manuscrit de son ex-mari, quitté bien des années plus tôt après une courte union passionnelle. Elle entame la lecture et découvre la tragédie qui pousse un homme ordinaire à s’investir corps et âme dans sa quête de vengeance. À mesure qu’elle entre dans l’histoire, elle est renvoyée à son passé et ses propres choix.

Nocturnal Animals est la deuxième aventure dans le septième art pour l’ancien styliste et gourou de Gucci et Yves Saint Laurent, après A Single Man, sorti en 2009 (que je n’ai pas vu mais que je risque de regarder prochainement).

Si vous me lisez régulièrement, vous allez facilement deviner ce qui m’a interpellé en premier concernant ce film. Oui ? Exactement ! L’affiche. Les posters placardés un peu partout lors de sa sortie au cinéma. Ces deux images en surbrillance, qui témoignent d’avance de l’esthétisme et du caractère troublant du film qu’elles présentent.

Ayant vu et peu apprécié Mulholland Drive dernièrement, j’ai eu un peu peur en lisant les commentaires commerciaux inscrivant Nocturnal Animals dans la lignée des films de David Lynch. Mais j’ai quand même tenté le coup. Après tout, pourquoi pas ?

Les références au cinéma lynchien sont bien présentes et facilement reconnaissables, dès cette scène d’ouverture burlesquement décalée et provocatrice. L’ambiance, sexy, glaciale et (plus ou moins) oppressante pourrait évoquer également Brian De Palma. Quoi qu’il en soit, on sent très vite que Tom Ford n’a pas troqué ses lignes de vêtements pour passer derrière la caméra sans y avoir réfléchi à l’avance. Au niveau de l’esthétisme, Nocturnal Animals est un vrai film de réalisateur et une belle réussite, aucun doute là-dessus.

Comme c’était le cas pour A Single Man, Tom Ford adapte un roman, en l’occurrence Tony et Susan, écrit par Austin Wright. N’ayant pas lu ce roman, je ne peux évidemment juger de sa fidélité à l’histoire originale. Ce que je peux dire, par contre, c’est que l’histoire, contrairement à celles de David Lynch, à la qualité d’être à la fois logique, cohérente et plutôt simple à déchiffrer. Si les réalités se mélangent, nous sommes loin de l’onirisme déconstruit du créateur de Twin Peaks, mais plutôt dans une structure où trois parties se nourrissent mutuellement. Le présent de Susan, l’histoire qu’elle lit et son passé s’entremêlent de façon claire. Le but, ici, n’est pas de balader (au risque de le perdre) le spectateur dans les méandres d’un mystère épais et inextricable, mais bien de lui raconter l’histoire d’une vengeance en lui racontant l’histoire d’une vengeance.

En ce sens, le film est à nouveau une réussite, même si on pourrait arguer qu’il manque peut-être un brin d’ambition.

Côté casting, Jake Gyllenhaal est très bon dans son double rôle. Le seul reproche que j’aurais à lui faire serait son apparence musclée en décalage avec son personnage de Tony, personnage qui aurait sans doute gagné à être un peu plus mou physiquement. À ses côtés, Michael Shannon continue de s’imposer comme une valeur sûre du cinéma américain. Il est charismatique, juste et profond dans chacune de ses interprétations et celle-là n’échappe pas à la règle.

Amy Adams, par contre, qui est censée être un des personnages phare de ce film, est clairement un ton en-dessous. Et elle n’est même pas vraiment en faute pour autant. Je la plaignais presque pendant une grande partie du film, à cause du peu de matériel avec lequel elle pouvait composer. Heureusement qu’il lui reste les scènes de flashbacks pour nous montrer qu’elle n’est pas juste une plus jeune et plus jolie version de Nicole Kidman, car dans le présent, elle passe essentiellement son temps à jouer une femme froide qui lit. Pas passionnant.

Aaron Taylor-Johnson, lui, est méconnaissable. Oublié son personnage de Dave Lizewski dans le jouissif Kick-Ass, oublié son rôle de Quicksilver dans la saga Avengers, il campe ici un homme méchant, pervers et violent et ça lui va à ravir.

Les autres personnages secondaires, par contre, sont largement sous-exploités, malgré une compilation de noms parmi lesquels Isla Fisher, Armie Hammer, Karl Glusman, Laura Linney, Andrea Riseborough, Michael Sheen, Neil Jackson, Kristin Bauer van Straten ou encore Jena Malone.

Globalement, j’ai passé un plutôt bon moment devant ce Nocturnal Animals. J’ai aimé l’histoire simplement complexe, qui ne nécessite pas plusieurs visionnages pour être décryptée. J’ai aimé les différences d’ambiance entre les différentes temporalités et j’ai aimé les acteurs. Si je ne me suis pas ennuyé malgré un rythme parfois un peu bancal, j’aurais apprécié que l’on creuse un peu le parcours de certains personnages secondaires et leurs liens avec Susan et ses décisions passées, histoire d’ajouter un peu de densité à l’ensemble. La fin, que j’ai trouvé plutôt bonne, en est une bonne représentation. Elle est cohérente, esthétique, mais un peu rapide et manque du panache qu’elle méritait.

D’une certaine façon, Nocturnal Animals c’est un peu du David Lynch formaté pour toucher un grand public, avec ses avantages et ses inconvénients. Un film qui ne fait pas beaucoup d’erreurs, en tout cas pas de grossières, mais qui ne marque pas autant qu’il aurait pu.

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