Vu! Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael.

24 octobre 2016

Vu! Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael.

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Dieu existe, et il habite à Bruxelles. Dieu, c’est un père de famille odieux et criard, qui passe une bonne partie de son temps enfermé dans son bureau, à jouer avec le monde sur son ordinateur. Quand il n’invente pas de nouvelles règles destinées à pourrir la vie de ses créations, il boit des bières en regardant le sport à la télé, et en invectivant sa femme, Déesse, une bobonne soumise. Éa, sa fille, décide de se venger. Sur les conseils de Jésus, son frère, elle sabote les l’autorité paternelle en révélant à tout le monde sa date de décès, puis s’enfuit de l’appartement par le conduit de la machine à laver pour se mettre en quête de ses apôtres, grâce auxquels elle compte écrire le Tout Nouveau Testament.

Le Tout Nouveau Testament est le quatrième film du réalisateur belge. D’ailleurs, il fait ici plusieurs clins d’yeux à ses productions précédentes. Il reprend, comme dans Mr Nobody, la thématique du choix. En libérant les humains de l’angoisse de l’incertitude de leur propre mort, il leur rend leur libre-arbitre. Toujours comme dans Mr Nobody, il offre le rôle de Georges à Pascal Duquenne, son héros du Huitième Jour. Georges, dont la mère est interprétée par Viviane De Muynck, la belle-mère à la ville de Pascal.

On pourrait s’attendre à un film sur la religion, mais elle est ici plus un prétexte qu’autre chose. Et elle est utilisée de façon originale. Dieu n’est pas une figure protectrice et bienveillante, mais un sombre connard à la vie pathétique et qui se complaît à emmerder son monde. Autant dire que pour ce rôle, Benoit Poelvoorde s’avère un choix de casting évident, tant il parvient à être détestable tout en restant drôle, avec ses répliques acerbes et son hystérie caractéristique.

Mais Dieu n’est pas le centre du sujet. Pas plus que Jésus, réduit à l’état de statuette animée. La véritable héroïne du film, c’est Éa, la fille de Dieu. Jouée par la touchante Pili Groyne, elle décide de libérer le monde du joug de son père. Elle doit trouver six apôtres, pour qu’avec les douze de son frère, ça fasse dix-huit, comme le nombre de joueurs dans une équipe de baseball, le sport préféré de sa mère, interprétée par la formidable Yolande Moreau.

Catherine Deneuve, François Damiens, Laura Verlinden, Serge Larivière, Didier De Neck et le jeune Romain Gelin composent ces nouveaux apôtres. Ils sont manchot ou assassin ou obsédé ou déprimé ou délaissé ou pas dans le bon corps. Par leurs rencontre avec Éa, ils vont avancer, mais ils vont surtout nous renvoyer à nous-mêmes, avec des émotions simples, que nous ressentons tous les jours. Il y a aussi Kevin, joué par Gaspard Pauwels, qui profite de sa mort lointaine pour braver tous les dangers dans des séquences souvent drôles.

Comme c’est un peu devenu la marque de fabrique de Jaco Van Dormael, le Tout Nouveau Testament est une œuvre atypique, qui utilise parfaitement l’onirique et les images (comme ce Dieu qui programme le monde comme on le ferait un logiciel) pour traiter du réel. Les personnages sont originaux, marginaux, même, mais ils nous parlent. Tout comme les situations, parfois très étranges (Catherine Deneuve et son gorille d’amant) mais toujours humanistes.

Le Tout Nouveau Testament n’est pas une comédie acerbe sur la religion. Ce n’est pas non plus un film léger sur la vie. Ça se situe au milieu de tout ça, dans une zone grise. Comme pour Mr Nobody, Le Tout Nouveau Testament est le genre de film qui ne laissera pas indifférent. Certains vont adorer et d’autres détester. Comme toujours, le mieux c’est encore de se faire son propre avis.

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One Comment

  • Aurélien 25 octobre 2016 at 13 h 32 min

    Moi ce film m’a mis une bonne claque. Tout nous amène à réfléchir avec Éa et indiscutablement nous faisons un parallèle avec notre vie sous la forme de « et si… »
    De plus Hollande Moreau et Benoit Poelvoorde sont formidable.
    Moi j’ai le droit de le dire j’ai adoré et j’avais résumé ca comme ca a l’époque « Un joli mélange de poésie, de philosophie. Une comédie dramatique bien réalisée et bien castée »

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