Vu! Queen of Earth, d’Alex Ross Perry.

11 mai 2016

Vu! Queen of Earth, d’Alex Ross Perry.

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En l’espace de quelques mois, Catherine (Elisabeth Moss) a perdu son père et s’est faite larguée par son petit-ami. Le temps qu’il déménage, elle décide de partir s’isoler près d’un lac, dans la maison des parents de Virginia (Katherine Waterston), sa meilleure amie.

Je n’ai pas vu Listen Up Philip, le film précédent d’Alex Ross Perry, jeune cinéaste américain. Je ne sais même pas trop pourquoi j’ai choisi ce film. Peut-être simplement son affiche intrigante ou juste mon attrait pour le cinéma indépendant américain.

Car nous sommes bien ici dans un film indépendant, pas de doute. Une première scène avec le personnage de Catherine filmé de face, le visage dégoulinant de maquillage tandis qu’elle s’engueule et rompt avec son petit-ami. La rupture consommée, elle est rattrapée par Virginia, alors qu’elle déambulait mollement sur la route de la maison d’été où les deux amies se sont déjà retrouvées l’année précédente.

Le film, découpé en chapitres représentant les jours de la semaine, joue sur l’effet de miroir entre les deux femmes, diamétralement opposées, et entre les deux séjours espacés d’un an, où les rôles s’inversent. Leur amitié est le thème central et est explorée comme rarement. Dès les premières interactions, la relation entre les deux femmes est complexe, authentique. Leur caractère, leur parcours, leur rapport aux autres, tous les différencie et leurs querelles empreintes de jugement les fait ressembler à deux sœurs qui se chamaillent.

La présence des hommes ne fait qu’attiser les tensions, que ce soit le petit-ami de Catherine l’année d’avant ou le voisin de Virginia avec qui elle fricote dans le présent. Sans oublier l’ombre du père de Catherine, cet artiste contemporain renommé mais dépressif qui a fini par se suicider et dans l’ombre duquel Virginia reproche à son amie de vivre et même se complaire, par peur de se révéler elle-même.

Le cadre est intimiste, accentuant l’impression de huis-clos. Le thème de la maison isolée au bord d’un lac n’est pas nouveau, et Alex Ross Perry y puise une source proche du film d’horreur, avec une tension latente et grandissante, un malaise qu’il installe parfaitement en rendant hommage à de grands classiques.

Le casting est minimaliste, coupant les personnages du reste du monde. À part pendant une fête, il y a tout au plus quatre personnes à l’image en même temps, mais le plus souvent deux, voire trois, ce qui joue sur la dynamique psychologique qui sert la trame du film. Ici, il n’est pas question d’une intrigue complexe mais de personnages complexés.

Elisabeth Moss est parfaite en jeune femme dépressive, peu sûre d’elle et en même temps supérieure, en proie à une dépression qui la renvoi à la mort de son père et la pousse doucement vers une folie insidieuse. Elle menace parfois d’aller trop loin, mais parvient toujours à redresser la barre. Katherine Waterston n’est pas reste, elle dégage un charisme hautain et une agressivité passive qui volent en éclats quand elle dévoile ses doutes et ses faiblesses. Tantôt flippante, tantôt touchante, elle mange l’image dans de nombreuses scènes. Patrick Fugit interprète Rich, le voisin qui vient interférer avec les deux amies. Il a un air inquiétant, intrusif et n’hésite pas à malmener Catherine. Kentucker Audley joue James, l’ex petit-ami de Catherine, que l’on voit surtout à travers des flashbacks de l’année précédente, après l’avoir entendu dans la première scène.

Queen of Earth se situe quelque part en un film d’horreur psychologique et un mélodrame intellectuel. Le tout porté par des personnages bien travaillés et un décor propice à de multiples ambiances. Si le style épuré et le rythme lent ne conviendront pas à tout le monde, ils contribuent à faire de Queen of Earth un film subtil et fort bien construit.

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