Vu! The Act of Killing, de Joshua Oppenheimer.

11 avril 2018

Vu! The Act of Killing, de Joshua Oppenheimer.

The Act of Killing

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Dans la nuit du 30 septembre 1965, six généraux du haut état-major de l’armée de terre indonésienne sont enlevés par des groupes de soldats puis exécutés. Selon le « Mouvement du 30 septembre », les généraux projetaient un coup contre-révolutionnaire. Durant les mois qui suivent, des groupes paramilitaires sont lancés à la chasse aux communistes, considérés comme responsables de tous les maux du pays. Des hommes sont chargés d’interroger et d’assassiner les opposants. Des centaines de milliers de personnes sont exécutées. Peut-être plus d’un million.

Près d’un demi-siècle plus tard (au moment où débute le documentaire), Anwar Congo, un des assassins devenu cofondateur de Pemuda Pancasila, un groupe paramilitaire d’extrême droite, revient sur son passé d’assassin. Avec ses amis de l’époque, il décide même de reconstituer les événements sous la forme d’un film qui s’inspire des films de gangsters, des westerns et même des comédies musicales.

Quand je suis tombé sur ce documentaire, j’étais persuadé que c’était un mockumentaire. Comment pourrait-ce en être autrement ?

Sauf que ce n’est pas un mockumentaire. Ces massacres ont bien eu lieu et ces hommes, Anwar Congo en tête, les raconte avec une telle candeur que c’en est déroutant.

À l’origine, Joshua Oppenheimer souhaitait tourner un film sur la difficulté du peuple indonésien pour monter un syndicat et défendre leurs droits. Le principal obstacle était la peur. Quand le documentariste texan s’est interrogé sur ce qui suscitait cette peur, on lui a raconté le génocide subit par les opposants au régime dans les années soixante. Un génocide impuni dont la plupart des commanditaires ont profité au point de diriger aujourd’hui le pays.

On lui propose de parler avec un voisin, lui assurant que de lui-même, l’homme évoquera les meurtres qu’il a commis, lui montrera l’endroit où il les as commis et lui donnera des détails sur comment il les a commis.

Au fil des années, Joshua Oppenheimer rencontre plusieurs dizaines d’assassins qui lui racontent, devant la caméra, comment ils ont ouvertement tué les opposants au régime.

Anwar Congo est le quarante-et-unième assassin que rencontre le réalisateur.

En construisant le documentaire autour d’un assassin ne montrant, en apparence, aucun remords, Joshua Oppenheimer permet de pousser l’analyse des faits au-delà de la simple dénonciation.

Ici, il n’est pas question de forcer ces hommes à reconnaître leurs méfaits (ce que certains font naturellement et d’autres non) mais d’observer les raisons qui les ont poussé à aller aussi loin et les moyens mis en œuvre depuis pour vivre avec tous ces meurtres sur leur conscience.

Propagande, manipulation, mensonge, drogues, alcool, pouvoir, banalisation, chacun des intervenants trouve un moyen pour dormir la nuit.

Lorsqu’ils décident de tourner un film pour raconter leur vie, ils se retrouvent confrontés à leurs actes. Certains assument leurs actes, d’autres ont peur des répercussions pour leur image et d’autres encore se remettent douloureusement en question.

Ne vous fiez pas à son affiche digne d’un film de Wes Anderson, The Act of Killing n’est pas une comédie légère mais un film documentaire coup de poing d’une profondeur psychologique intense et, paradoxalement, d’une humanité brute sur ce que l’homme peut faire de pire. Un film édifiant qui ne vous laissera pas indifférent.

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