Vu! La Ballade de Buster Scruggs, de Joel et Ethan Coen.

4 décembre 2018

Vu! La Ballade de Buster Scruggs, de Joel et Ethan Coen.

Chaque nouvel film des Frères Coen est un événement. Pour leur première réalisation sur Netflix, ils nous présentent six histoires courtes avec pour thème la Frontière Américaine. Non, pas celle entre le Mexique et les États-Unis, que Trump défend mordicus comme s’il redoutait l’invasion massive d’aliens (comprendre des vénézuéliens fuyant leur dictature pour une autre), mais celle du Grand Ouest, plus communément surnommée le Far West.

Des histoires de cow-boys (avec ou sans cows), d’artistes itinérants, de hors-la-loi braqueurs de banques, de chercheur d’or, de pèlerins traversant le pays pour s’installer dans de nouveaux états tout juste colonisés, ou encore de voyageurs en diligence.

Six histoires, donc, très différentes dans le propos et le ton (même si l’on retrouve toujours la patte du duo de réalisateurs). Six histoires très inégales.

J’ai plusieurs choses à dire sur chacune d’entre elles et sur l’ensemble.

La Ballade de Buster Scruggs.

Buster Scruggs est un hors-la-loi particulier, qui aime pousser la chansonnette. Mais il est également habile de la gâchette et ne se laisse pas impressionner facilement.

J’ai bien aimé cette histoire, qui donne son titre au film. Même si le personnage de Tim Blake Nelson (et Tim Blake Nelson lui-même) m’a agacé avec son ton jovial et lyrique frisant le ridicule. À côté de ça, c’est plutôt bien construit et distrayant. Plusieurs passages oscillent entre drôle et ingénieux, au point que les bouts de chansons sont presque tolérables.

Près d’Algodones.

Un hors-la-loi tente de braquer une banque isolée, mais c’est sans compter sur la ténacité du guichetier.

C’est le segment que j’ai préféré. Déjà parce que j’aime beaucoup James Franco et que je le trouve ici particulièrement bon. Aussi parce que l’histoire est très rythmée et pleine d’un humour noir subtil, jusqu’à sa dernière réplique, qui est un vrai bijou.

Ticket Repas.

Harrison est un tronc humain, trimbalé de ville en ville par un imprésario pour réciter des poèmes et autres histoires devant un public faiblissant contre quelques pièces.

Si la morale est intéressante et les prestations de Harry Melling et Liam Neeson de grande qualité, l’histoire est longue et redondante.

Gorge Dorée.

Un vieil orpailleur tombe sur une vallée vierge et y cherche un filon d’or.

Je ne sais pas si c’était le but des frères Coen, mais cette histoire m’a profondément mis en colère. Le personnage du vieux chercheur d’or, interprété par Tom Waits, est attachant, certes, mais il témoigne surtout de l’incapacité de l’humain à respecter la nature s’il peut y trouver un profit. La vallée, paisible et paradisiaque, est pillée sans vergogne pour y dénicher une pépite. La fin est plutôt chouette, ceci dit.

La Fille qui fut sonnée.

Gilbert Longabaugh emmène sa sœur Alice en Oregon dans une caravane. Là-bas, une opportunité professionnelle l’attend et il espère bien marié sa sœur à son nouvel associé.

Sans doute le segment le plus long de tout le film, il est également touchant, complexe et développé, notamment grâce à Zoe Kazan et les interactions de son personnage avec les différents hommes de l’histoire.

Il se passe beaucoup de choses et plusieurs thèmes importants sont abordés, l’espoir d’une vie meilleure, la complexité des rapports humains, la dureté du voyage, l’hostilité de ce monde nouveau, déjà habité par un peuple considéré comme sauvage alors que l’homme l’envahit et se l’approprie, mais surtout la peur de l’inconnu.

Les Restes Mortels.

Une diligence transportant cinq passagers d’origines différentes qui racontent chacun un peu de leur vie sur la route de Fort Morgan.

Ce dernier segment m’a rappelé le début des Huit Salopards de Quentin Tarantino. Ce segment témoigne du talent des frères Coen à écrire des dialogues qui sonnent vrai. Et également de leur capacité à parler pour ne rien dire. C’est sympathique, mais sans réel intérêt. La fin, par contre, m’a complètement échappée.

Si la réalisation de chaque segment est impeccable, que les acteurs sont tous très bons et les dialogues dans l’ensemble truculents, s’il y a des répliques géniales et quelques scènes vraiment bien foutues, si les paysages du Grand Ouest sont absolument grandioses et magnifiés par une photo sublime, la Ballade de Buster Scruggs s’éparpille en racontant trop de petites choses mais sans vraiment rien dire non plus.

Je n’ai pas passé un mauvais moment, loin de là, mais j’ai trouvé l’ensemble trop long et trop inégal pour vraiment apprécier cette ballade.

La fin, anti-climatic, sonne plus comme une libération qu’autre chose.

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