Vu! Mommy, de Xavier Dolan.

7 décembre 2018

Vu! Mommy, de Xavier Dolan.

Mommy

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Dans un Canada fictif, un nouveau gouvernement a mis en place une loi controversée autorisant les parents en détresse (financière ou psychologique) à confier leurs enfants difficiles aux soins de l’État.

Diane a une quarantaine d’années. Elle est veuve depuis trois ans et récupère son fils, Steve, un adolescent souffrant de troubles psychologiques importants, après qu’il se soit fait renvoyé du centre de rééducation fermé dans lequel il avait été placé après la mort de son père. Mère et fils forment un duo explosif, entre amour passionnel et violences physiques et psychologiques. Kyla, la voisine d’en face, une enseignante en congé sabbatique après un drame dont elle garde un bégaiement sévère, se lie d’amitié avec eux et aide Steve à rattraper son retard. Le trio trouve un semblant d’équilibre, mais pour combien de temps ?

Mommy n’est pas le premier film de Xavier Dolan que je regarde, puisque j’avais déjà vu Tom à la Ferme, qui, malgré des qualités, ne m’avait pas emballé plus que ça.

Je voulais regarder Mommy depuis longtemps, mais il y avait toujours un autre film qui lui passait devant. Jusqu’à aujourd’hui (enfin, hier).

J’ai entendu tellement d’éloges sur ce film que j’avais envie de l’oublier un peu pour lui donner une vraie chance.

Dès le début, le format d’image choisi (1:1) m’a perturbé. Si ce n’est une scène, hautement symbolique, où Steve repousse les bordures du cadre, tout se joue dans ce carré serré qui pousse au confinement.

Et qui confère un sentiment d’oppression qui nous aide à nous identifier aux personnages.

À Diane, d’abord, Die, puisque c’est elle que l’on rencontre en premier. Cette femme faussement sûre d’elle, qui garde coûte que coûte l’espoir infondé que tout ira bien, comme une enfant. Anne Dorval, actrice fétiche du réalisateur, l’incarne avec brio et un naturel confondant.

À Steve, ensuite, cet adolescent grandement perturbé dont l’émotion à fleur de peau le pousse inexorablement vers l’excès. Il y a de nombreuses scènes où il se joue des autres, les objectise et les manipule, et d’autres où il tente de contrôler ses pulsions violentes. Son mal-être est palpable tout au long du film et le voir heureux, à certains moments, fait du bien. Même si l’on sait… Antoine Olivier Pilon est excellent également. il a l’air fou, habité, ne surjoue pas pas et donne une consistance troublante à son personnage.

À Kyla, enfin. Kyla, c’est la voisine d’enfance. Murée dans sa tristesse depuis la mort d’un enfant (dont on ne sait, en fait, pas grand-chose), elle a cessé son activité d’enseignante suite au drame et un bégaiement handicapant. Aux côtés de cette famille dysfonctionnelle, Kyla revit peu à peu, même si tout n’est pas toujours rose (en témoigne une scène de confrontation avec Steve qui est d’une puissance psychologique rare). J’ai trouvé le jeu de Suzanne Clément impressionnant, notamment sur son bégaiement. Elle est aussi est une habituée des films de Xavier Dolan et je pense que cette confiance entre le réalisateur et ses acteurs n’est pas étranger à leur prestation.

Mommy m’a beaucoup plus impressionné que Tom à la Ferme. Le thème, déjà, me parlait plus. La réalisation, même si j’aurais préféré de grandes images, bien larges, qui s’étalent sur tout mon écran, montre aussi la créativité et l’audace de ce jeune réalisateur au parcours hors norme.

Xavier Dolan a écrit et réalisé Mommy à 24 ans, et c’était son cinquième long-métrage. Que dire de plus ?

Si, peut-être un mot sur la langue. Je trouve le français du Québec très agréable à l’oreille, mais une partie du film est en joual, un patois urbain de la région de Montréal, impossible à comprendre. Merci les sous-titres !

Si vous aimez les comédies dramatiques noires, bien écrites, très bien réalisées et encore mieux interprétées, Mommy est un film à voir.

Prochain Dolan sur ma liste : Juste la fin du monde.

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