Vu! Wind River, de Taylor Sheridan.

10 mars 2018

Vu! Wind River, de Taylor Sheridan.

Wind River

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Cory exerce ses talents de chasseur dans les montagnes enneigées du Wyoming pour le compte du United States Fish and Wildlife Service, éliminant les prédateurs menaçant le bétail local. Marqué par la mort de son aînée, il se plonge dans son travail, tout en essayant de consacré du temps à son fils, Casey. Il est appelé sur la réserve indienne de Wind River pour chasser un puma. Durant sa traque, il découvre le corps d’une adolescente locale, Natalie, morte après avoir fui pieds nus dans la neige. Jane Banner, une jeune agent du FBI en formation à Las Vegas, est dépêchée sur place pour classifier l’affaire. Elle comprend rapidement que Natalie a été victime d’un viol et demande à Cory de l’aider à retrouver le coupable.

Pour son troisième scripte porté à l’écran, après l’excellent Sicario et le très bon Comancheria, Taylor Sheridan est passé derrière la caméra. Il explique dans une interview que ce film lui tenait particulièrement à cœur. Après avoir passé beaucoup de temps dans la réserve de Wind River à écouter et recueillir les histoires et témoignages des amérindiens y vivant, il ne pouvait pas confier le scénario à un autre réalisateur, qui pourrait avoir une vision de l’histoire différente de la sienne.

Et grand bien lui en a pris.

Car l’histoire de Wind River est à la fois simple, éprouvante et captivante. À cause de ce corps retrouvé dans la neige, mais aussi de ce paysage à couper le souffle, au sens figuré comme au sens propre. Les décors naturels sont magnifiques, autant que la nature peut être cruelle et violente. Les conditions de vie des amérindiens dans les réserves sont elles seulement cruelles et violentes.

Et Taylor Sheridan sait rendre compte de la complexité de cet environnement avec justesse et respect. Grâce à des scènes coup de poing ou d’une intensité palpable.

L’intrigue est pourtant basique : un meurtre, dont découle une enquête pour retrouver le(s) coupable(s). Voilà la marque de fabrique de l’ancien acteur de seconde zone, simplifier l’intrigue au maximum pour développer les personnages et les laisser s’exprimer à leur rythme.

Encore une fois, mission accomplie.

Jeremy Renner est sans doute un des acteurs reconnus les plus sous-exploités de sa génération. Si l’on excepte son premier rôle dans un Démineurs qui m’a laissé de froid malgré sa moisson d’Oscars ou encore dans L’Héritage, le spin-off de Jason Bourne, les plus gros succès qu’a connus l’acteurs sont en tant que second-rôle, comme Hawkeye dans la saga Avengers ou William Brandt dans la saga Mission Impossible. Dernièrement, cette tendance tend à s’inverser, sous la coupe de réalisateurs capables de reconnaître son talent. C’était déjà le cas avec Premier Contact, de Denis Villeneuve.

C’est aussi le cas ici.

Car Jeremy Renner n’est pas juste le premier rôle de Wind River, il en est le personnage central, cristallisant toute la problématique sous-jacente esquissée par Taylor Sheridan. Le personnage de Cory est un blanc qui a épousé une amérindienne. Mais au lieu de vivre en marge de la réserve, de jouer sur des tensions raciales inutiles et éculées, son personnage est parfaitement intégré à cette vie sauvage, respecté et considéré comme un membre de la tribu.

Son personnage est d’une profondeur rare et son jeu accentue encore plus cette profondeur. Je ne pense pas m’avancer de beaucoup en disant que le personnage de Cory Lambert est la meilleure prestation en date de Jeremy Renner.

À ses côtés, il y a une actrice qu’il connaît bien. Une actrice qui vient de très loin. Vous vous souvenez des jumelles Olsen qui ont terrorisé le petit écran pendant des années avec des séries et des films tous plus niais les un(e)s que les autres ?

Elizabeth Olsen a grandi dans leur ombre. Avant d’en sortir grâce à une superbe prestation dans Martha Marcy May Marlene. Elle a ensuite enchaîné les tournages, alternant petits films et grosses productions (elle aussi fait partie de la bande des Avengers).

Dans Wind River, elle incarne avec brio une jeune agent du FBI bien décidée à faire son boulot mais qui apprend également que la vérité protocolaire n’est pas forcément celle du terrain. L’évolution de son personnage est très travaillée et démontre tout son talent.

On retrouve également, dans des rôles secondaires, Graham Greene, Gil Birmingham, Jon Bernthal, Julia Jones et Kelsey Chow, pour ne nommer qu’eux.

Wind River est une grande réussite, aussi bien pour la simplicité et l’efficacité de son intrigue, pour la profondeur et la sensibilité de ses personnages, pour ses décors et ses scènes fortes que pour son évocation d’un sujet habituellement passé sous silence, à savoir les viols et disparitions de jeunes femmes amérindiennes dans les réserves.

Un coup de cœur que je vous recommande sans réserve (et sans mauvais jeu de mot).

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